Fondée par un couple franco-chinois, David Salczer et Jo Li, Aurya Brands accompagne les marques de parfum de la Chine vers l’Europe et inversement. À l’occasion de l’Asia Perfume Show, la société présentera cinq maisons chinoises aux univers très différents.
Interview par Guillaume Tesson
Comment présenteriez-vous Aurya Brands en quelques mots ?
Aurya Brands constitue avant tout un pont entre la parfumerie chinoise et la parfumerie européenne, que nous empruntons dans les deux sens. Nous sélectionnons des maisons chinoises, nous les accompagnons dans leur arrivée sur le marché européen, depuis l’importation et la mise en conformité jusqu’à leur présentation aux détaillants et aux distributeurs. Dans l’autre sens, nous aidons également des marques européennes qui souhaitent se développer en Chine, pour mieux comprendre le marché, enregistrer leurs produits et construire leur présence locale. Aurya est aussi née d’une véritable passion pour le parfum. Jo collectionne les fragrances depuis 2012. Elle possède aujourd’hui environ 1 500 flacons. Au fil des années, cette passion lui a permis d’acquérir une connaissance très fine des parfums, des marques et du marché chinois, complétée par son expérience professionnelle dans la vente de parfums en Chine. David apporte de son côté sa connaissance du marché européen et pilote le développement d’Aurya en Europe. Notre rôle ne consiste donc pas simplement à distribuer des marques. Nous devons aussi faire en sorte qu’une maison chinoise soit compréhensible et pertinente pour un acheteur européen, et inversement.
Pourquoi avoir choisi de participer à l’Asia Perfume Show et qu’attendez-vous de cette première édition ?
Jusqu’à présent, les professionnels européens curieux de découvrir la parfumerie chinoise disposaient de peu d’occasions de le faire dans de bonnes conditions. Les maisons existent, le travail créatif est là, mais l’accès reste compliqué. La distribution est fragmentée, les réglementations européennes restent exigeantes et les acheteurs manquent souvent d’un interlocuteur local capable de faire le lien entre les deux marchés. L’Asia Perfume Show crée précisément ce point de rencontre à Paris. Pour les maisons que nous représentons, c’est l’occasion de rencontrer des professionnels européens et surtout d’être jugées d’abord sur leurs parfums, plutôt qu’à travers des idées préconçues liées à leur pays d’origine.
Nous voulons aussi observer la manière dont les professionnels européens réagissent à la diversité de la parfumerie chinoise contemporaine. Car il n’existe pas un seul courant. Certaines maisons travaillent beaucoup autour du récit et du design, d’autres s’appuient davantage sur des matières, des philosophies ou des pratiques issues de la culture chinoise. Si cette première édition permet de faire passer une idée, nous aimerions que ce soit celle-ci : ce qui rend un parfum chinois intéressant ne devrait plus être simplement le fait qu’il soit chinois.
Quelles maisons allez-vous présenter à Paris ?
Nous présenterons cinq maisons, qui ont chacune un langage très différent. Cottee disposera de son propre espace, conçu comme une petite exposition photographique autour de Traveler’s Plan. La collection réunit neuf parfums imaginés comme les pages d’un carnet de voyage, chacun associé à un lieu, de Bayanbulak à Jeju. Ebers Papyrus puise son nom dans le papyrus Ebers, un célèbre traité médical de l’Égypte ancienne qui mentionne notamment l’usage de plantes aromatiques. La marque s’inspire de l’histoire, de la littérature et de figures féminines qui ont marqué leur époque. Outis construit ses parfums autour des cinq éléments de la pensée chinoise et de leurs correspondances dans la médecine traditionnelle chinoise. Voice from the Sky, fondée par le parfumeur chinois Feng Tianle, envisage le parfum comme un journal olfactif personnel. Chaque création cherche à saisir un moment intime, émotionnel ou spirituel, autour de thèmes comme la foi, la mémoire ou la réconciliation intérieure. Enfin, To Define considère le parfum comme une nouvelle forme de langage, capable d’exprimer l’identité, les relations et les émotions du quotidien. Ces cinq maisons partagent une même origine tout en se distinguant par des champs d’écriture très vaste.
Comment voyez-vous évoluer la parfumerie chinoise aujourd’hui ?
Ce qui nous frappe le plus, c’est la confiance croissante des jeunes maisons chinoises et la liberté avec laquelle elles choisissent leur territoire créatif. Elles ne ressentent plus nécessairement le besoin d’exprimer leur identité chinoise de la même manière. Outis se nourrit directement de l’alchimie interne chinoise, tandis que Cottee construit son univers autour du voyage et de la mémoire des lieux. Ebers Papyrus s’inscrit dans une dimension clairement plus historique, avec des références à l’Égypte ancienne, à la littérature européenne ou à certaines grandes figures féminines. Cette diversité nous paraît essentielle. Elle montre surtout qu’il devient de plus en plus difficile de définir la parfumerie chinoise par sa seule origine géographique.
Si vous deviez résumer Paris et l’Asia Perfume Show en un seul mot ?
Un pont. C’est le mot qui définit le mieux Aurya Brands et, pendant trois jours, l’Asia Perfume Show va nous donner l’occasion de le montrer de manière très concrète.