Ils arpentent pour vous les travées du Palais Brongniart. Qui sont-ils ? Des chroniqueurs du sensible. Où leur voyage les mène-t-ils ? Au cœur de la culture olfactive. Comment en ressortiront-ils ? Transformés, immanquablement, le nez augmenté d’émotions et de souvenirs à partager. Humains, plus humains !
Un ciel d’un bleu implacable s’est niché dans l’alignement de la rue Réaumur. Les poutrelles métalliques de quelques façades art nouveau ont beau faire de la résistance, Paris publie, sous le joug d’un printemps subitement éclos, les bans de son union éternelle avec le XIXe siècle. Des contreforts de la nouvelle Athènes aux abords de l’Opéra, Haussmann dessine encore et toujours la topologie de la capitale. Ses hauteurs, ses largeurs, ses diagonales.
De Hugo à Zola, le siècle des romantiques, des communards et des empereurs n’en finit pas d’en dire les rues, les humeurs, les effluves. Entré, comme la capitale, dans la modernité à la marge des révolutions, le parfum – son idée, son âme, sa persistance – est un enfant de ces lieux. De ces temps. Deux siècles après sa naissance, le palais Brongniart accueille la Paris Perfume Week. Nez fête ses dix ans. Tout est en place, tout résonne, tout fait sens.
De quoi le parfum est-il le nom ? D’un accident moléculaire ? D’une construction savante ? D’une persistance mémorielle ? D’un acquis culturel ? Dans les coursives de l’ancien temple des valeurs et des actions, on entend la conversation de celles et ceux qui questionnent inlassablement ce sujet. Et dont le martèlement patient a ouvert des fêlures – celles fameuses qui laissent passer la lumière – dans les murs d’une industrie, d’un milieu, d’un cénacle qui n’attendait que ça.
En ce premier jour de la Paris Perfume Week, la réponse vient sans doute des étudiantes et des étudiants. Portant haut le flambeau de leurs écoles respectives, ils livrent la plus belle des leçons. Apprendre à sentir, ce sacerdoce dont ils embrassent les phénoménales exigences de discipline, est avant tout une ouverture aux vibrations du vivant. Leur passion, leur enthousiasme, écho de la marée humaine qui déferle, les portes de l’ancienne bourse à peine entrebâillées, racontent mieux que tous les mots ce que le parfum est devenu.
Cette chose incroyable, l’invention d’un lexique, d’un corpus, d’une philosophie olfactive, devient palpable (on devrait dire odorante), sensible, présente. On aura touché du doigt ce jeudi d’avril le feu brûlant d’un volcan jaillissant. Vu émerger le premier guide de voyage olfactif au monde. Entendu les cris du cœur des aficionados du nez croisant leurs idoles. Goûté la douce promiscuité des salles combles jouissant dans un même élan des échanges passionnés des Smell Talks et de Behind the Scent.
Et puis, en se croyant seul sur terre à contempler ces aubes, ces épiphanies, avoir été témoin de retranscriptions olfactives défiant le spectre du sensible : le soleil couchant aux confins de la Sicile, la profondeur des eaux de la lagune de Venise, la cosmologie de Saint-Exupéry, les fruits (défendus) enfin domestiqués…
On annonce un orage. Noyée sous l’ondée, Paris libère un soupir de lorette. Du bitume encore enivré de soleil s’élève une onde aromatique. Un frisson, sublime et douloureux comme le sont les souvenirs. L’odeur du monde après la pluie.
À suivre…
par Peyo Lissarague