Animer c’est donner vie. Trois jours durant au Palais Brongniart, elle et lui, avec d’autres, donneront donc vie et âme aux conversations, aux échanges et aux tables rondes des Smell Talks et de Behind the Scent. Chevilles maïeutiques aux grands cœurs, sage-femmes de la parole et compagnons de route de Nez depuis ses origines, Sarah Bouasse et Guillaume Tesson, fidèles des Perfume Week (de Paris à Grasse), passent une fois n’est pas coutume de l’autre côté du micro, sur le grill de l’interview, pour nous dire ce qu’ils attendent de cette édition 2026.
Animer les scènes de la Paris Perfume Week, cela demande une préparation particulière ? Façon marathon ?
Sarah Bouasse : « Il s’agit en effet presque d’un petit marathon. Sur cette édition, j’ai 17 interventions. Quasiment toutes sont des tables rondes. Cela représente une quarantaine de personnes à contacter en amont, en à peu près un mois. Mais avec l’expérience, on gagne en confiance et en efficacité. Je perds moins de temps à me présenter, on s’en parle rapidement avec les gens qui seront présents sur scène et tout se met en place en douceur.
Cette année nous avons scindé la programmation en deux, je suis plutôt sur la partie culture olfactive, même s’il y a un peu de parfum, et Guillaume est vraiment sur la partie métier. Cela clarifie bien les choses pour le public, et pour nous ».
Guillaume Tesson : « Je rejoins totalement Sarah sur les nécessités de la préparation. Je m’occupe aussi de 17 plateaux et le compte à rebours J-30 se fait naturellement avec tous les intervenants. Cette prise de contact est également très importante pour repérer les personnes éventuellement stressées par l’exercice, qui ont peut-être besoin d’être rassurées et d’être un peu plus accompagnés que d’autres. On leur dit bien de ne pas s’inquiéter et que le jour J, nous serons là pour les guider et tenir le cap ».
Face au public, malgré la préparation, il faut se laisser aller ?
Guillaume Tesson : « Ça peut sembler être un cliché mais il y a bien une magie du moment qui opère. Une énergie qui nous porte. Le public de la Paris Perfume Week est toujours très bienveillant, très à l’écoute, très studieux. C’est une force positive pour l’animateur ou l’animatrice, mais aussi pour les intervenants qui abandonnent rapidement leurs appréhensions ».
Sarah Bouasse : « À la première Perfume Week, nous n’avions pas anticipé cet enthousiasme du public. J’ai presque envie de dire sa gratitude, pas envers nous individuellement, mais envers le fait de participer à quelque chose de totalement nouveau. Il y avait une vraie joie collective. Nous sommes tous les deux collaborateurs de Nez depuis le premier numéro, mais on a beau savoir que la revue marche, pouvoir vivre en direct cet engouement, sans différé, c’est unique. Faire quelque chose qui rend les gens heureux, de manière générale dans la vie, c’est gratifiant ».
Guillaume Tesson : « Les retours sont en effet extraordinaires, à tous les niveaux. Que ce soient les professionnels, les passionnés ou même les étudiants. On le voit aussi avec l’audience des podcasts qui reprennent les interventions des différentes scènes et offrent une session de rattrapage à celles et ceux qui n’étaient pas présents. Tout cela vit sur la durée ».
Le monde du parfum a beaucoup évolué ces dix dernières années. Sa perception par le grand public également. Nez et la Perfume Week ont été des agents transformateurs ?
Sarah Bouasse : « Nous attirons des gens d’autres domaines, y compris le grand public. Un nouvel intérêt s’est développé, qui dépasse de très loin la sphère du parfum. Nous avons largement accompagné cette montée en puissance, et nous l’avons même aussi un peu influencée en cultivant savamment l’intérêt croissant pour le parfum et la culture olfactive. Ce ne sont plus des secteurs de niche. Mais il a fallu savoir attendre le bon moment. Selon moi, la Paris Perfume Week, n’aurait pas pu exister il y dix ans. Aujourd’hui elle a tout son sens ».
Guillaume Tesson : « Je m’émerveille d’année en année de voir à quel point les marques de parfums et les maisons de composition font confiance à Nez et à son écosystème. Alors qu’au départ il s’agissait simplement de faire une très belle revue, la plus belle revue possible sur les odeurs, les parfums, l’olfaction en général. Les acteurs de la profession ont évidemment constaté que nous comblions un manque énorme. La revue en elle-même est un objet magnifique, mais le site internet et tout ce qui se fait autour est toujours pensé très en amont, avec une approche esthétique intransigeante. C’est aujourd’hui sans doute la raison pour laquelle l’industrie nous suit, notamment les partenaires de la Paris Perfume Week comme Amouage ou DSM-Firmenich qui acceptent que nous les racontions, mais avec nos codes, avec l’identité de Nez, au service d’un propos et d’une narration qui nous dépassent tous ».
Nez a aussi fait bouger le discours sur le parfum ?
Guillaume Tesson : « Je m’émerveille de voir qu’on peut aujourd’hui chroniquer un nouveau parfum comme on peut chroniquer un album de rock. Et je lis les chroniques de mes camarades, avec autant de plaisir que je lis celles d’un album ou même d’un restaurant dans le Fooding. Nez a montré qu’on pouvait employer un vocabulaire dédié à l’olfaction, aux matières premières, et commenter, comme n’importe quel objet culturel, l’intention d’un créateur ou d’une créatrice. Nez a désigné quelque chose qui était déjà là, c’est-à-dire que le parfum est un objet culturel qui mérite d’être transmis en tant que tel ».
Sarah Bouasse : « Je pense que Nez a aussi fait office de charnière entre l’univers de l’industrie et celui des nouveaux passionnés de parfum. Voir à la Paris Fashion Week des gens tout simplement curieux, sans connaissances préalables, venir s’asseoir à nos animations avec Guillaume et y trouver autant de plaisir que quelqu’un qui travaille dans le milieu depuis 20 ans, je trouve ça beau ».
Quelles sont vos attentes pour ces trois jours ?
Guillaume Tesson : « Pour Behind the Scent, nous allons pouvoir mettre en lumière des métiers qu’on croit connaître, mais qui restent finalement souvent dans l’ombre. On va aussi peut-être mettre un coup de projecteur sur les parfumeurs indépendants, qui font face à de sacrés défis au quotidien, en cumulant toutes les casquettes. Je suis ravi de leur donner la parole car on les ne les entend finalement pas beaucoup alors que ce sont un peu les super héroïnes et les super héros de la parfumerie. Pendant la préparation je me suis aussi surpris moi-même à redécouvrir les arcanes de la création de flacons. Nous allons recevoir des gens passionnants qui vont tout nous raconter sur ce sujet, du concept en 3D jusqu’à l’objet fini ».
Sarah Bouasse : « Ce qui me réjouit dans la programmation des Smell Talks, c’est la diversité des angles et des approches. Cette façon de parler de l’odorat de manière pluridisciplinaire permet à beaucoup de gens d’accéder à l’univers du parfum. Elle montre aussi la richesse d’un domaine qui est loin d’être juste une affaire de senteurs, de botanique ou de sciences humaines ».
Propos recueillis par Peyo Lissarague
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Ils animeront également des conférences cette année : Aurélie Dematons, Yohan Cervi, Dominique Roques
Merci de noter que pour des raisons techniques, les conférences ne sont pas diffusées en livestream vidéo cette année